Il y a quelques mois, je découvrais Martin Winckler avec le Choeur des femmes. Inévitablement, quand hier matin, au détour d’un rayon de la bibliothèque je tombe sur Les Trois Médecins, je ne peux que le prendre pour un moment de lecture au calme à la maison.

J’étais déjà assez fière de ma stratégie : aller à la bibliothèque avec ma fille (comme d’habitude) mais aussi avec son papa, histoire qu’il puisse la surveiller pendant que (pour une fois) je puisse choisir quelques bouquins pour moi.
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Dimanche matin 8h, j’ai déjà :
- étendu la machine de linge qui a tourné dans la nuit
- servi le petit déjeuner
- changé/habillé ma fille
- lancé la cuisson du pot au feu qui embaume la maison d’une douce odeur de clou de girofle
- joué à la dinette (avec elle bien sûr)
Propre, habillée, le ventre plein et l’esprit détendu, je me dis que c’est le moment opportun pour moi de commencer la lecture de ce livre qui me fait les yeux doux depuis hier…
Maligne, je pends soin de préalablement mettre un CD d’éveil corporel. Musique ô combien surprenante, mais qui plait tant à ma crevette. C’est (normalement) l’assurance d’une bonne demi heure tranquille. Je la laisse donc tournicoter dans la maison, faire le papillon, imiter le cheval et même le funambule…
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3 pages de prologue : j’envisage déjà de passer les pages tellement j’ai hâte de rentrer dans le vif du …
Aïiiiiiiiiie ! A bobo, a bobo
Quoi quoi, qu’est-ce que tu as fait, tu as mal où ?
Elle s’était cogné la tête à un coin de meuble en voulant s’envoler visiblement. Bon, quelques granules d’arnica, un bisou magique, un peu de réconfort et c’est reparti pour un tour. Aller, moi je retourne à mon livre.
Je décide donc de passer les quelques pages de prologue, il reste 519 pages après tout, faut que je me dépêche, je n’ai pas tous les jours le temps de lire (en plus on est attendus à 12h30 chez les beaux parents…. AHHHHH !).
On y découvre les 1ers cours en faculté de sciences, l’intimidation/humiliation des professeurs, la concurrence avec les autres élèves, l’ambiance puante émanant de la volonté des redoublants de pourrir l’année des nouveaux arrivants, etc… Tiens ça me rappelle quelque chose. Il y a dix ans jours pour jours je rentrais moi même en fac de droit. Je me souviens de ce professeur de droit constitutionnel qui avait annoncé la couleur "Aujourd’hui vous êtes 400, l’année prochaine vous ne serez plus que …
Mamaaaaaaaaaan ! Gateau, gateauuuuuuu, un GA-TO, GATO, GATO, GATO, Grrrrr, ouain, gné, hiiiiiiiiiiiiiiiii GATO MAMAN MAMAN MAMAN MAMANNNNNNN
Oui, oui d’accord, attends une seconde je vais te chercher un biscuit.
Voilà, l’appétit de ma fille étant satisfait, je retoune à ma lecture. D’ailleurs j’en étais où ? Je relis des pages que j’ai certainement déjà passées, ah oui voilà le passage sur les filles qui sont là juste pour trouver un mari. Non mais je rêve ?!
Du gâteau, ENCORE, ENCORE, ENCORE, GA-TO Mamannnnn, à moua, à moua, encore encore encore du gateau.
Tiens ma chérie, je te donne encore un petit bout.
Arf, zut j’ai encore oublié de mettre un marque page !
Un gaté, maman les mains, les mains, un gaté… MaMANNNN, Ma-Man, Maman maman maman
Tu veux venir sur mes genoux ? Aller viens là, mais tu restes calme, maman bouquine, tu veux lire avec moi ?
Voui
Ma petite crapule sur les genoux, je recommence à chercher ma page (note pour moi même, c’est malin de faire des marques pages pour tout le monde et de ne pas être foutue de s’en garder un pour soi).
Cette première année redoublée à un point près, la mort de sa mère, sa deuxième année ratée de si peu, à 4 places derrière le dernier de la liste.
Et c’est qui ça ?!
Je fais mine de ne pas l’écouter, si elle commence à me montrer un à un chaque mot de ce pavé, on va pas y arriver…
Et c’est qui ça ?! Qu’est-ce que c’est ça ? ATTENDS !
Et voilà qu’elle commence à passer les pages à ma places. nous voilà en train de regarder la page 140, je vois le mot Buckley. A peine le temps de me dire, tiens ça parle de Jeff Buckley ? Que voilà, elle fait défiler les pages (mettant au passage un petit peu de chocolat sur les coins de pages).


Je reste calme, je la laisse faire, ça va passer. En effet rapidement elle s’arrête, veut descendre de mes genoux.
Parfait ! je peux retourner à ma lecture. J’en était où déjà ?!
…
MA-MAAAAAAAN ! a fait caca. Caca. Cacaaaaa. CACA CACA CACA
Oui ma puce viens on va te changer.
Non, non, non !
Et voilà qu’elle se met à courir dans la maison, refusant que je l’attrape. On commence le jeu du chat de la souris. Hop coincée dans un coin, j’arrive à l’attraper. On file à la salle de bain, sa couche est propre, sèche.
Bah alors, t’as pas fait caca, pourquoi tu dis ça à maman ?
Elle prend son air coquin, éclates de rire. Bon ok c’était drôle. Aller, retourne à tes jeux ma puce.
Par curiosité je retourne voir page 140. C’était pas Jeff Bucley, mais George Buckley, rien à voir…
Et sinon, on en était où ? Ah oui les arrangements, les recommandations.
A BOUAAAAARE. Tiens maman, à bouaaaaaare
Ah oui c’est vrai j’avais pas fini de boire ma tasse de thé tout à l’heure quand nous étions avec la dinette. Voilà ma puce, regarde je bois la tasse, on fait tchin.
Hummmmm Miam miam. Encore, encore, encore maman
3 – 4 – 5 – 40 (fausses) tasses de thé plus tard, je retourne à mon livre.
Maman, Maman, Mamaaaaaaaan à moua, à mouaaaaaa, à moi !
Tu veux lire toi aussi ?
Oui
Tu veux lire le même livre que maman ?
Oui, heu non, non, nooooooon, NON !
Alors va chercher ton livre, tu te mets à côté de moi.
ACCORD
J’ai au moins le temps qu’elle choisisse un livre dans son immense collection pour lire quelques lignes tranquilles.
Elle arrive, avec non pas un mais 2-3-4-5- une pile de livres ! Et bien sûr elle ne veut pas les regarder toutes seules. Finalement je pose mon Winckler, et voilà qu’on se met à feuilleter la collection jeunesse (je crois que je me suis faite avoir sur ce coup là).
On les feuillete ensemble, un à un, puis je commence à avoir soif à force de commenter. Je la préviens que je vais chercher à boire, je lui demande si elle veut un verre d’eau.
NON MAMAN A VEUX PAS !
Elle s’aggripe à moi. Ca va j’ai compris, je reste avec toi, je ne vais surtout pas me lever alors que tu as décidé qu’on allait bouquiner ensemble.
***
Je repense à un passage au tout début du livre que je pensais pouvoir lire :
"Ceux qui veulent y arriver, ils bossent et ils y arrivent!"
Je suis navrée, mais moi j’ai voulu arriver à lire un livre d’adulte pour changer, j’y suis pas arrivée…


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